Les photos à quel prix ?

Publié le par Antoine

Je viens de retomber sur des magazines photos qui montraient des "oeuvres" et leur prix ... je suis resté interloqué, certaines me paraissaient sans intérêt, après tout les gouts et les couleurs ... mais d'autres me semblaient mauvaises dans la composition. Certes je ne suis pas une référence, et on peut être meilleur critique que créateur, l'un ne conditionne pas l'autre : le créateur a des contraintes techniques et esthétiques à maîtriser alors que le critique se pose à l'égal du spectateur (qu'il sache faire ou non n'est pas important, ce n'est pas ce qu'on lui demande, l'oeuvre est proposée à un public et le critique commente en argumentant pour les autres et propose sa vision, subjective donc critiquable).

Mais pour ce qui est des tarifs incroyables de la photo je crois de moins en moins au fait qu'une photo puisse valoir de l'argent. Pour moi c'est un bel objet, très rare parfois, qui témoigne plein de choses et de sentiments, qui est donc unique. A partir de là, soit elle n'évoque rien pour la plupart des gens ... et c'est poubelle (ou alors collection familiale, mais là l'intérêt est très différent puisque l'esthétique ne rentre pas en compte ; c'est l'affect qui prime) ou alors la photo est magique. Dans ce cas on la donne pour faire plaisir à un copain, à une fondation ou un musée pour que tout le monde puisse en profiter, mais dans aucun cas on ne la vend !! ou alors à son prix de revient brut : pelloche, développement, papier, produits ... et le temps et le génie c'est cadeau. Comment mettre un prix sur le génie ou le talent de quelqu'un ? C'est possible au foot car le talent de Zizou rapporte des millions à d'autres, il peut donc en profiter un petit peu :-)) c'est pour cela que la vente d'une photo me semble être une usurpation !! la photo ne peut (ne doit) pas être un objet de consommation ou un produit de spéculation, sinon où passe la magie, la beauté de l'image ? cela devient la beauté pour ceux qui peuvent mettre 2 ou 3000 euros et les autres ? quelle vision étriquée !

à moins que ce soit un métier, comme dans le cadre du photojournalisme, mais là la photo est la base d'une information et peut avoir un but politique, humanitaire ... on est plus vraiment dans le domaine de l'esthétique, mais plutôt celui de l'utile, voire de la survie (pour des populations). Donc le prix conditionne une liberté d'action d'expression, il est garant d'une certaine indépendance, il est donc nécessaire .. (d'où la création des agences - Magnum ...)
Bon c'est peut-être ma fibre d'historien géographe qui ressort ...

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Publié dans Boite à idées

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A
hummm, j'avais pas vu ça comme ça. c'est vrai que moi je m'insurgeais surtout sur une photo à 1000, ou 5000 euros c qui est courant dans l'art contemporain. Les prix que tu me cites, avec l'explication me vont assez bien, ça reste populaire et ça permet au gars de continuer à se faire plaisir et à se financer.<br /> Mais je crois que l'exposant a un devoir d'explication quand au prix de ses photos. (c'est la déformation professionnel et le fait de devoir toujours tout expliquer ...)<br /> Pour notre expo c'est vrai que c'était un peu cruel (surtout pour moi, j'ai toujours eu du mal avec les centimètres ...) mais j'avais vraiment apprécié, je le referais volontiers avec toi. <br /> Plus généralement ce qui me chagrine c'est de donner un prix à ce que tu appelles "un certain regard" que tout le monde n'a pas. Si on va trop loin on rentre dans la consommation et je crois que l'art en général ne doit pas rentrer la dedans (il y est déjà bien trop !!!) D'où le rôle majeur (et presque obligatoire) de l'Etat comme défenseur, protecteur, créancier, mécène de la culture. Mais en ce moment ce n'est pas très à la mode ... ça reviendra.
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R
dans le deuxième paragraphe, il faut lire "toi" et non pas "toit".
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R
Je ne suis pas entièrement d'accord avec toi.<br /> <br /> Là où je suis d'accord avec ton propos est au niveau des prix délirants (au moins aussi incohérents qu'en art contemporain) qu'on peut voir affichés pour certaines oeuvres. ça ne relève d'aucune logique, pas même de marché. ça vient à mon avis du fait de trop grands écarts de richesse dans nos sociétés où, les plus riches, pour éprouver leur statut social supérieur passent par le biais de la possession de biens dont ils ont eux mêmes (ou d'autres, plus malins, se goinfrant aux alentours) organisés la raréfaction. Demain t'as du pognon et t'es un peu en vue, achète à 50 000 euros une photo de Plossu (je rigole...) et tu verras ce que se vendront ses autres photos à d'autres gens comme toi (entends par là un "toit" imaginaire si tu avais plein d'argent et plus de cerveau).<br /> Bon voilà, ça c'est un fait et ça ne m'intéresse pas.<br /> <br /> Là où je suis plus en désaccord avec toi est sur le fait qu'une photo ne peut valoir que son prix de revient brut. Evidemment que le talent, le génie ou ce qu'on voudra ne me coute rien (on se place là aussi dans un "moi" imaginaire qui aurait du talent ou du génie.), de ce fait je peux en faire "cadeau" comme tu l'évoquais, avec classe et panache (c'est ça aussi le génie de certains artistes, sans doute). Mais je veux avoir le choix d'en faire cadeau ou pas. A mes amis, mes proches, à quelqu'un qui aurait été touché sincèrement par une de mes photos sans possibilité de payer ne serait ce que le prix de revient d'un beau tirage baryté, aucun problème, tout le plaisir sera pour moi dans le fait d'offrir la photo. <br /> Pour les autres cas, je crois au contraire qu'une photo vaut plus que son prix de revient , que les spectateurs éventuels doivent être en mesure de se rendre compte que la photo qu'ils ont devant eux a demandé du temps, un regard exigent et éduqué à l'image, une sensibilité personnelle et que par conséquent eux avec le même appareil au même endroit n'aurait pas fait la même photo. Elle serait meilleure ou moins bonne peu m'importe, elle aurait été différente. Comme écrire un livre, faire un film,... certaines photos sont douloureuses et longues à faire et tout le monde n'est pas en mesure de les faire. Il s'agit d'un produit (au sens "production", pas au sens marchand) culturel et social. A ce titre, il peut se vendre au delà de son prix de revient à mon sens.<br /> <br /> Combien me diras tu ? Je n'en sais rien.<br /> Ma courte expérience de photos encadrées à 90 euros (150 euros pour des triptyques) m'a montré que des gens pas fortunés mais pas à la rue avaient du plaisir à s'offrir une photo qui les avait bousculés ou émus. Je crois qu'ils étaient heureux d'avoir mis un peu d'argent dans "du gratuit" plutôt que dans un chariot de chipster belin à auchan ou un écran plat à la fnac ou que sais je... Tout ça nous fait une photo dans les 60 euros (hors cadre), c'est un peu ce que fait la gallerie "yellow corner" à Paris et via la fnac, politique tarifaire que je trouve assez adaptée à ce qu'est la photo : un art populaire.<br /> <br /> Au passage, certaines des photos vendus à des gens que je ne connaissais pas à l'époque ont été donné à d'autres, et c'est bien d'avoir cette liberté là. <br /> Plus prosaïquement, les photos vendues à l'époque m'ont permis de presque financer mon expo, à savoir une soixantaine de cadres que j'ai toujours pour de futures expos je l'espère (expo commune peut être bien ! ça nous rappelera des temps cruels mais qui ont fait naître une amitié aussi.)<br /> <br /> Bon, plus long c'était pas possible. J'attends avec impatience tes réactions, vives sans aucun doute mais qui me feront réflechir.
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A
après on peut vouloir en vivre ça ne me choque pas et c'est plutôt sympa, mais ce que je ne comprends pas c'est comment on peut proposer une image à 200, 1000 ou 3000 euros. Ça ça sort de ma compréhension. Ce qui montre aussi que la photo est un art neuf, car pour la peinture on accepte que ça vaille très cher. Pour la photo je ne le comprends pas encore !
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